← Retour aux ressources
Incarné6 min de lecture

Apprendre à habiter son corps, pas seulement le porter

Beaucoup d'entre nous transportent leur corps comme un véhicule. Habiter son corps, c'est autre chose — et ça change tout.

Joran Ferragu

Créateur de JODLAME

Il y a une différence entre avoir un corps et habiter son corps. Beaucoup d'entre nous passent leur vie dans le premier cas : le corps est là, il fonctionne (ou dysfonctionne), il transporte la tête d'un endroit à l'autre. Mais il n'est pas vraiment habité.

Qu'est-ce qu'habiter son corps ?

Habiter son corps, c'est être présent à ce qui s'y passe en temps réel. Sentir la chaleur ou la fraîcheur de l'air sur la peau. Remarquer la texture de ce sur quoi on est assis. Percevoir le mouvement subtil de la respiration dans la cage thoracique. C'est aussi sentir les émotions là où elles se logent physiquement — la boule dans la gorge, le nœud dans le ventre, l'expansion dans la poitrine quand quelque chose nous touche vraiment.

Pourquoi ça a disparu

La sédentarité n'est pas le seul facteur. Nous vivons dans une culture qui valorise la pensée abstraite et la performance au détriment de la sensation. Dès l'enfance, on apprend à "se tenir" — à contrôler, retenir, contenir. On apprend à ignorer la fatigue, la douleur, la faim. On apprend à fonctionner malgré ce que le corps dit.

Ces apprentissages sont utiles dans certains contextes. Mais pratiqués de façon chronique, ils créent une dissociation : on pense le corps plutôt que de le sentir.

Le retour

Le retour dans le corps n'est pas toujours confortable. Parfois, quand on recommence à écouter, ce qu'on entend en premier c'est l'accumulation — la fatigue, la tension, le manque. C'est normal. C'est même un signe que quelque chose se réveille.

Le travail consiste à accueillir ce qui émerge sans chercher à le corriger immédiatement. Observer avant d'agir. Sentir avant de résoudre.