Un enfant s'accroupit, roule, grimpe, s'étire, se suspend, tourne sur lui-même. Il utilise l'ensemble de ce que son corps sait faire.
Un adulte, dans une journée ordinaire, utilise peut-être une dizaine de mouvements. Marcher, s'asseoir, se lever, atteindre, porter. Le reste du répertoire ne disparaît pas — il devient simplement inutilisé.
Ce que la réduction produit
Un mouvement non pratiqué devient d'abord inconfortable, puis difficile, puis impossible. Le corps optimise : ce qui ne sert pas est désinvesti.
Ce n'est pas seulement une question de souplesse ou de force. C'est aussi une question de cartographie intérieure : les zones qu'on ne mobilise plus deviennent moins présentes à la conscience. On les sent moins, on sait moins où elles sont.
Et une zone qu'on ne sent plus est une zone où l'on peut accumuler beaucoup sans le remarquer.
La rotation, l'oubliée
S'il fallait n'en citer qu'une : la rotation de la colonne. Se tourner, vraiment, en emmenant le regard, le buste, le bassin.
La plupart des journées n'en contiennent aucune. On avance, on recule, on lève, on baisse — on ne tourne presque jamais. Le corps se déplace dans un plan, comme une porte sur ses gonds.
Retrouver la rotation change souvent la respiration en quelques minutes, parce que le diaphragme et la cage sont directement concernés.
Retrouver, pas performer
Il ne s'agit pas de refaire des mouvements difficiles, ni de reconquérir une amplitude perdue par la contrainte. C'est le meilleur moyen de se blesser et de confirmer au corps qu'il n'est plus capable.
Il s'agit d'explorer doucement, en écoutant. Un mouvement retrouvé se reconnaît à ce qu'il produit : une sensation de surprise, souvent, et parfois une émotion inattendue.
Pourquoi cela remue autant
Les gestes portent des souvenirs. S'accroupir, se rouler en boule, tendre les bras vers le haut, se balancer — ce sont des mouvements très anciens, chargés d'expériences bien antérieures au langage.
Il n'est pas rare qu'en retrouvant un geste, quelqu'un retrouve aussi un état intérieur qu'il n'avait pas visité depuis longtemps. Ce n'est pas mystique : le corps et la mémoire ne sont pas rangés dans des tiroirs séparés.
C'est aussi pour ça que le travail par le mouvement va parfois plus vite que le travail par les mots. Il n'a pas à traduire.
