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Traversée6 min de lecture

Recommencer sans effacer ce qui était

Un nouveau départ n'exige pas d'oublier. Il demande d'intégrer — de porter ce qu'on a vécu non comme un poids mais comme une profondeur.

Joran Ferragu

Créateur de JODLAME

Il y a quelque chose de violent dans l'injonction du "nouveau départ". Comme si recommencer exigeait d'effacer — de faire table rase, de repartir de zéro, d'oublier ce qui n'a pas marché. Cette vision du changement est épuisante. Et surtout, elle est impossible.

On ne repart pas de zéro

On ne repart jamais de zéro. On repart de là où on est — avec tout ce qu'on a vécu, tout ce qu'on a appris, tout ce qu'on porte, y compris les blessures et les erreurs. La question n'est pas d'effacer le passé mais de le regarder autrement : non plus comme une condamnation mais comme une ressource.

Qu'avez-vous appris des choses qui n'ont pas marché ? Qu'avez-vous développé à travers les difficultés ? Quelles ressources portez-vous sans le savoir, simplement parce que vous avez traversé ce que vous avez traversé ?

L'intégration plutôt que l'oubli

Ce que proposent les traversées, au sens où j'utilise ce mot, c'est un processus d'intégration. Non pas de guérir de ce qu'on a vécu — comme si c'était une maladie — mais de l'incorporer : de le laisser faire partie de qui on est, sans qu'il continue de dicter qui on sera.

Intégrer, c'est pouvoir raconter ce qui s'est passé sans en être submergé. C'est pouvoir sentir la trace de l'expérience sans qu'elle prenne toute la place. C'est avoir accès à ce qu'on a appris, même si l'apprentissage s'est fait douloureusement.

Un mouvement, pas une ligne droite

Les recommencements ne sont pas linéaires. On avance, on recule, on passe par des jours où tout semble bloqué à nouveau. Ce n'est pas un signe d'échec — c'est la nature du mouvement profond. Le changement réel se fait en spirale, non en ligne droite : on revient aux mêmes endroits mais depuis une altitude différente.