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Traversée6 min de lecture

Ce qui revient toujours au même endroit

Le même schéma, la même impasse, la même sensation. Ce n'est pas un échec de la volonté — c'est une information.

Joran Ferragu

Créateur de JODLAME

Il y a des choses qui reviennent. Une situation qu'on croyait dépassée, une réaction qu'on s'était promis de ne plus avoir, une sensation dans le corps qu'on reconnaît avant même de comprendre ce qui se passe.

La première réaction est presque toujours la même : la déception. « J'en étais sorti. »

La répétition n'est pas un retour en arrière

Ce qui revient ne revient jamais tout à fait pareil. La situation se ressemble, mais celui ou celle qui la traverse a changé. Ce qui semblait invisible la fois précédente est parfois perçu cette fois-ci — plus tôt, plus clairement, avec un peu plus de recul.

Ce n'est pas une boucle. C'est une spirale, et la différence entre les deux est petite mais décisive : dans une spirale, on repasse par le même point à une autre hauteur.

Ce que la répétition demande

Un schéma qui revient n'est pas là pour être vaincu. Il est là parce que quelque chose n'a pas encore été entendu — et tant que ça n'est pas entendu, ça continue de se manifester par le seul moyen dont ça dispose : la répétition.

La question n'est donc pas « comment est-ce que je m'en débarrasse », mais « qu'est-ce que ça cherche à me faire remarquer ». Ce sont deux questions très différentes. La première met en lutte. La seconde met en écoute.

Là où le corps sait avant nous

Souvent, le corps reconnaît la situation avant le mental. Le souffle se raccourcit, les épaules montent, quelque chose se ferme dans le ventre — et seulement après, la pensée arrive avec son explication.

C'est une information précieuse. Si on parvient à repérer le signal corporel, on gagne quelques secondes sur l'automatisme. Ces quelques secondes suffisent parfois à ce que quelque chose d'autre devienne possible.

Ne pas forcer la sortie

Vouloir sortir d'un schéma par la seule volonté revient souvent à le renforcer. La tension qu'on met à s'en défaire fait partie du schéma.

Ce qui déplace vraiment les choses, dans mon expérience, c'est de pouvoir traverser la situation une fois de plus — mais accompagné, ralenti, avec assez de sécurité pour ne pas avoir à réagir immédiatement. C'est là que quelque chose se relâche.

Ce qui revient toujours au même endroit finit par changer de place. Rarement d'un coup. Toujours par la présence qu'on a réussi à y mettre.